Job 30:1-31 LBS21
[1] »Et maintenant, je suis un objet de moquerie pour de plus jeunes que moi, pour ceux dont je méprisais trop les pères pour les mettre parmi les chiens de mon troupeau. [2] »Mais à quoi me servirait la force de leurs mains? Ils n'ont pas la moindre vigueur. [3] Desséchés par la privation et la faim, ils rongent les endroits arides, depuis longtemps dévastés et déserts. [4] Ils arrachent des herbes sauvages à côté des buissons et se nourrissent de la racine des genêts. [5] On les chasse du milieu des hommes, on crie après eux comme après un voleur. [6] Ils habitent dans d'affreux ravins, dans les grottes de la terre et dans les rochers, [7] ils hurlent au milieu des buissons, ils s'entassent près des broussailles. [8] »Espèces de fous sans identité, on les chassait du pays, [9] et maintenant je suis l'objet de leurs chansons, me voilà devenu le thème de leurs discussions. [10] Ils ont horreur de moi et se tiennent loin de moi, ils ne se retiennent pas de me cracher au visage. [11] Puisque Dieu m'a privé de ressources et m'a humilié, plus rien ne les arrête. [12] »Ces misérables se lèvent à ma droite et me tendent des croche-pieds. Ils se construisent des chemins jusqu'à moi, mais c'est pour ma ruine. [13] Ils me coupent toute issue et travaillent à ma perte, eux à qui personne ne viendrait en aide. [14] Ils affluent comme par une large brèche, ils se précipitent au milieu des décombres. [15] Des terreurs m'assaillent. Ma dignité est emportée comme par le vent, ma prospérité s'en va comme un nuage. [16] »Et maintenant, je me liquéfie de l'intérieur. Les jours de souffrance se sont emparés de moi. [17] La nuit me transperce les os, les douleurs qui me rongent ne s'accordent aucun repos. [18] La force du mal est telle que mon habit perd toute forme, il me serre comme le col de ma tunique. [19] Dieu m'a jeté dans la boue et je ressemble à la poussière et à la cendre. [20] »Je t'appelle au secours, mais tu ne me réponds pas. Je me tiens debout, mais tu te bornes à me regarder. [21] Tu t'es changé en ennemi cruel contre moi, tu me combats avec toute la force de ta main. [22] Tu me soulèves et me fais voler au-dessus du vent, tu me dissous au plus profond de moi-même. [23] En effet, je le sais, c'est à la mort que tu me conduis, au rendez-vous de tous les êtres vivants. [24] »Cependant, celui qui va sombrer ne tend-il pas les mains? Celui qui est dans le malheur n'appelle-t-il pas au secours? [25] N'avais-je pas des larmes pour celui qui rencontrait des difficultés? N'étais-je pas triste pour le pauvre? [26] De fait, j'attendais le bonheur, mais c'est le malheur qui est arrivé; j'espérais la lumière, mais c'est l'obscurité qui est venue. [27] »Je suis sans arrêt profondément bouleversé. Les jours de souffrance m'ont surpris. [28] Je marche noirci, mais pas par le soleil. Si je me lève en pleine assemblée, c'est pour appeler au secours. [29] Je suis devenu le frère des chacals, le compagnon des autruches. [30] Ma peau devient noire et pèle, mes os sont brûlants de fièvre. [31] Ma harpe n'est plus qu'un instrument de deuil, et ma flûte se confond avec la voix des pleureurs.
